Racisme : les victimes racontent

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Le So Foot n°166, sorti en mai dernier, consacrait sa couverture et un dossier de douze pages au racisme : “Que ressentent au fond d’eux-mêmes ceux qui sont pris à partie sur des terrains de football, pour leur couleur de peau ou leurs origines ?” Quatre mois plus tard, à l’heure où Romelu Lukaku fait connaissance avec une partie des supporters italiens qu’il aurait préféré ne jamais connaître, cette question mérite malheureusement d’être remise sur le tapis. La parole est aux victimes.
Propos recueillis par Vincent Riou
jeudi 5 septembre

Racisme : les victimes racontent

Luc Sonor

« Après l’agression raciste violente comme celle dont j’ai été victime à 14 ans, tu en veux au monde entier, mais je n’ai pas eu la vengeance, la rancœur en moi, j’ai pris l’initiative de ne pas sombrer, de ne pas rentrer dans l’engrenage, qui est certainement ce que les racistes attendent comme réaction. Et puis on m’aurait descendu encore plus, avec les nerfs à vif, la colère en moi, je serais devenu quelqu’un de désagréable, donc la solution c’était de l’évacuer, l’enfouir, tout en gardant la souffrance évidemment au fond de moi, sans l’extérioriser. Bien sûr que j’ai une rage intérieure, mais je ne voulais pas qu’elle me gâche la vie, qu’elle gâche la personne que je suis. À Metz, j’ai eu une expérience du racisme incroyable. À chaque match à Saint-Symphorien, systématiquement, à un moment précis du match, il y avait un gars qui gueulait “sale nègre, dégage, sale singe, sale nègre”, je me disais “c’est pas possible”. Ça fait d’autant plus mal quand c’est dans votre stade. Je cherche à voir qui c’est, où, mais je ne le repère jamais. Et puis un jour, un de mes frères vient voir un match, et par chance il se retrouve deux rangs au-dessus de ce type. « À chaque match à Saint-Symphorien, systématiquement, à un moment précis du match, il y avait un gars qui gueulait “sale nègre, dégage, sale singe, sale nègre”, je me disais “c’est pas possible”. Ça fait d’autant plus mal quand c’est dans votre stade. (…) Finalement, c’était un mec avec qui je buvais le café et jouais au baby-foot le matin à côté du club… » Luc Sonor À la fin du match, il me dit qu’il l’a attrapé : “T’inquiète pas, tu ne le verras plus cet enfoiré, il en a pris pour sa dose.” Le lendemain matin, décrassage. Et comme tous les matins avant l’entraînement, je m’arrête dans un café pas loin du club dans lequel j’allais prendre mon petit-déjeuner avant l’entraînement. J’y jouais au flipper, au baby-foot…. Mais ce dimanche-là, j’y vais avec mon frère, qui marque un temps d’arrêt à peine entré. Il va vers un type, l’air remonté. Je lui dis : “Mais qu’est-ce qu’il y a ? Ce mec c’est un copain, je joue avec lui tous les matins.” “Mais couillon, un copain, ça ? C’est lui qui te traite de sale nègre au stade !” Et le gars est parti en courant ! Cette histoire-là, elle est folle, hein ? Là pour le coup, on peut parler de racisme ordinaire ! Le mec avec qui tu bois le café et joue au baby tous les matins te traite de sale nègre dans l’anonymat du stade, c’est tellement vicieux… Tu te dis qu’on n’arrivera jamais à vaincre ça, à l’éradiquer, à mon sens. Ça, c’est la seule histoire de racisme à domicile, mais alors à l’extérieur… Les peaux de banane comme tous les autres, à Marseille, quand je jouais avec Monaco, et il y avait d’autres blacks, Weah, Mendy, on était nombreux… En fait, on en rigolait presque au bout d’un moment quoi, et les dirigeants voyaient bien que ça ne nous atteignait pas plus que ça, à tel point qu’on me faisait rentrer le premier à l’échauffement, et alors j’entendais des “Eh Sonor, le négro, tu pues, va te laver le cul !” Franchement pour moi, ça faisait partie du métier quoi, j’allais quoi qu’il arrive vivre ça toute ma carrière, il fallait faire avec, je n’allais pas courir après chaque mec qui me traite de négro. Aujourd’hui, tant mieux, j’entends qu’il y a des débats sur le fait d’arrêter le match, à l’époque si on m’avait dit que c’était possible de le faire, je l’aurais fait, je serais sorti du terrain, je serais parti. Mais j’ai envie de dire à ceux qui le vivent : “Ça va les gars, vous en verrez encore d’autres hein.” Moi, je dis que face à ça, il faut gonfler les pectoraux, montrer qu’on est debout, si ça vous affecte, vous êtes foutu, et vous leur donnez du pouvoir en fait. Faut rester la tête haute, continuer à jouer, et basta. Après, on peut agir en empêchant ces gens d’être dans les tribunes, puisque c’est répréhensible et qu’on a les images. Rien n’interdit aux voisins de ces gens-là d’intervenir non plus.
« Une seule fois, j’ai voulu sortir parce que je me faisais traiter de sale noir, c’était à Lens, jamais je n’aurais imaginé vivre ou entendre ça là-bas, pour moi c’était un public festif, exceptionnel, et c’est ce qui m’a le plus déçu et attristé. C’est Glenn Hoddle qui est venu me voir, un mec très sage, la classe à l’état pur. Quand il a vu ma tristesse de vivre ça, il est venu me dire “Luc, what is your colour ?”, “alors si c’est une insulte pour eux, sois fier, toi, d’être ce que tu es”. Et je suis resté sur le terrain. » Luc Sonor Une seule fois j’ai voulu sortir parce que je me faisais traiter de sale noir, c’était à Lens, jamais je n’aurais imaginé vivre ou entendre ça là-bas, pour moi c’était un public festif, exceptionnel, et c’est ce qui m’a la plus déçu et attristé. C’est Glenn Hoddle qui est venu me voir, un mec très sage, la classe à l’état pur. Quand il a vu ma tristesse de vivre ça, il est venu me dire “Luc, what is your colour ?”, “alors si c’est une insulte pour eux, sois fier, toi, d’être ce que tu es”. Et je suis resté sur le terrain. À l’époque, ce genre d’épisodes, ça ne faisait même pas une ligne dans un compte-rendu de match.
En fait, une expérience du racisme en civil, j’en ai vécu une seule et c’est encore une histoire de stade. J’avais joué un vendredi avec Monaco mon dernier match de la trêve hivernale. Avec Jocelyn Angloma, on prenait le même vol pour rentrer en Guadeloupe le lendemain du Clásico que lui jouait avec Marseille, au Parc des Princes. Il me

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