Rolland Courbis : ” Mentir, c’est parfois simplement cacher la vérité “

I be wild about extensions, because they are clever!!

Assis sur un coin de banquette d’une brasserie huppée de la porte d’Auteuil dans laquelle il a ses habitudes, Rolland Courbis est en avance. Consciencieux, il a même noté sur une feuille volante « quelques idées de sujets à aborder » . Et il les abordera quoi qu’il arrive. « Lorsque je réponds à une interview, je me mets à la place du journaliste, pour qu’il puisse écrire le meilleur article possible, pose d’emblée celui que tout le monde appelle « Coach » . Sinon, je ne viens pas. Je ne vais pas faire les questions et les réponses, mais je suis quand même obligé de me poser certaines questions pour te donner les réponses que j’ai prévues. » Interviewer Rolland Courbis, c’est avant tout accepter que c’est lui qui mènera l’entretien, et que la mission consistera à tenter de le cadrer au mieux. Verre de pastis sur la table, manches de chemise retroussées, il est prêt. Comme toujours, lorsqu’il s’agit de parler foot. À table !
Vous avez changé le lieu de rendez-vous pour cet entretien alors que j’étais déjà en route, ce qui n’a d’abord pas plu au chauffeur de VTC. Mais lorsque je lui ai dit que c’était pour vous interviewer, il a dit : « Si c’est pour M. Courbis, je vous amène où vous voulez ! » …
Cela peut paraître prétentieux, mais je ne suis pas étonné. J’ai même l’habitude qu’on me dise ça. (À la serveuse, qui vient prendre la commande.) Je vais vous prendre la saucisse bio au couteau de l’Aveyron, pomme purée maison et jus de veau. Après, on se tapera peut-être une portion de risotto aux gambas à deux. Et pas de vin, je vais rester au Ricard.Lorsqu’on vous a sollicité pour cette interview, vous avez spontanément proposé qu’on se voit pendant trois heures, ce qui est malheureusement très rare dans notre métier. D’où vous vient ce goût pour la discussion ?
Parmi mes qualités, parce que je n’ai pas que des défauts, je possède celle de me mettre à la place de la personne avec qui je discute, qu’il s’agisse d’un joueur, d’un président, d’un acteur ou d’un journaliste. Lorsqu’on me sollicite, si je décide d’y aller, j’y vais le plus longtemps possible, pour ne pas bâcler les choses, comme ce fut malheureusement le cas pour mon dernier livre (Complètement foot, 2018). J’ai essayé d’être présent un maximum, mais les délais étaient trop courts, et le challenge n’a pas été relevé. Ce qui donne un livre très moyen. Donc si je viens, je prends le temps, pour que ton article soit bon.C’est gentil, mais c’est aussi parce que vous adorez parler, non ?
Peut-être que du côté de Marseille, on est un peu plus bavards qu’ailleurs, c’est vrai. On dit qu’on est menteurs, mais non, pas plus qu’ailleurs. « Ne pas être d’accord sur un truc sans savoir qui a raison, c’est ce qui fait la beauté du football. » Pas moins non plus, hein. Ce qu’il y a, et tant pis pour ceux qui n’ont pas d’humour, c’est qu’on exagère. Les images qu’on utilise sont anormales, invraisemblables ! J’aime parler, oui, c’est pour ça que je fais de la radio. Mais si tu ne dis que des conneries, être bavard ne va pas être une qualité. C’est pour cela que j’essaie d’être cohérent. Je me positionne, j’essaie de réfléchir, et c’est vrai que j’ai peut-être l’esprit de contradiction. Mais c’est parce que j’argumente ! Je n’ai jamais contredit quelqu’un sans donner mon point de vue et ma solution. Sinon, c’est trop facile.
Qu’il s’agisse d’un collègue entraîneur, d’un auditeur de RMC, d’un journaliste, d’un chauffeur de taxi ou d’une personne assise à côté de vous dans l’avion, vous estimez que toutes ces personnes avec qui vous discutez de foot peuvent vous apporter quelque chose ?
Oui. Et en plus de cela, même si j’argumente de façon claire, nette et précise, je n’ai jamais la prétention d’être sûr d’avoir raison, même si je fais le maximum pour. Je n’ai jamais eu un comportement de donneur de leçon ou de professeur. J’écoute, je m’adapte, j’essaie de comprendre. Si je suis d’accord, je le dis. Sinon, j’argumente. Et je reconnais que le plus souvent, je ne suis pas d’accord. Neuf fois sur dix, quand je rentre dans un taxi, le chauffeur me dit : « Bonjour coach ! » et me demande s’il peut me poser une question. Je lui réponds qu’il peut en poser peut-être deux, mais pas trois. Cela concerne généralement le dernier match, l’équipe de France, ce qu’a dit untel…Depuis le temps que vous faites de la radio, vous êtes devenu un influenceur, avec derrière vous une communauté qui connaît vos points de vue sur les différents aspects du football. C’est agréable ?
Je me fais chambrer sur la victoire à trois points ou l’absurdité de la date de la finale de la Coupe de la Ligue, mais cela ne me dérange pas. L’important, c’est que je n’essaie jamais de mettre mon interlocuteur minable. Le but, c’est que lorsqu’un auditeur de RMC raccroche, il soit content d’avoir appelé même si on n’était pas d’accord. Si ses potes lui disent que Courbis l’a mouché et qu’il est passé pour un con à la radio, c’est que je n’ai pas bien travaillé. Ne pas être d’accord sur un truc sans savoir qui a raison, c’est ce qui fait la beauté du football.Depuis quelques années, « le ton RMC » verse de plus en plus dans le populisme. Cela vous dérange ?(Il fait la moue.)Vous vous intéressez à la politique ?
Non. Enfin, j’écoute les débats lorsqu’il y a des élections importantes. Ces derniers temps, j’ai écouté Sarkozy avec beaucoup d’attention et de sympathie. Il a certainement fait des erreurs, mais qui n’en fait pas ? Quand je vois les dossiers que doit régler Macron, j’ai mal à la tête pour lui. Je ne pourrais même pas le remplacer durant une minute. Donc ces gens-là, même si je ne vote pas pour eux, je les regarde avec beaucoup d’admiration. « Quand je vois les dossiers que doit régler Macron, j’ai mal à la tête pour lui. Je ne pourrais même pas le remplacer durant une minute. » Je me demande comment ils font pour garder cette patience que j’ai perdue, en tant qu’entraîneur. Je compare les présidents de la République aux entraîneurs. Dans un premier temps, ils ont la sympathie de tout le monde. Puis, il suffit qu’ils tombent sur deux dossiers impossibles à gérer, et paf !, on demande le changement. Quand Sarkozy a été président, il a eu des hauts et des bas. Mais est-ce que dans l’intérêt de la France, on n’aurait pas dû profiter de son expérience dans une période compliquée, pour le réélire en 2012 ? On n’aurait pas pu être indulgent, en se disant qu’il n’a pas tout fait bien, mais qui aurait tout fait bien à sa place ? Mais non ! On élit un nouveau président, qui devra tout reprendre à zéro, avec la confiance de tout le monde lors des premiers matchs et rebelote ! Vous voulez que je m’intéresse à la politique, mais pourquoi ? Il y a quoi d’intéressant ?
Vous votez ?
Oui, parce qu’enfant, tous les dimanches, à table, j’assistais à des débats entre mon père, plutôt socialiste, et mon grand-père gaulliste. Modestement, à mon jeune âge et sans participer aux

These addons are quite interesting.

Copyright for syndicated content belongs to the Linked Source